Précarité et soin de soi

Les soins de beauté et de bien-être contribuent à la reconstruction des personnes en situation de fragilité ou de précarité. Mesurer l’impact de ces soins permet de prendre conscience de leur importance pour de nombreuses femmes.

“Pourquoi laver les pieds d’un SDF, manucurer un handicapé, mettre du mascara à une détenue ? Ce n’est pas seulement parce que, même en situation de précarité, on a le droit aux petits plaisirs et au superflu. Cela permet surtout une réappropriation de l’individu par lui-même, dans un moment où la maladie, la vieillesse, la misère, la détention lui ont fait perdre, précisément, son individualité.” Ivan Jablonka, Le corps des Autres, Seuil (2015).

Les femmes représentent en France la majorité des personnes fragilisées par la vie. Dans un parcours difficile et chaotique, comment soigner son apparence quand on vit dans la rue ou avec un revenu qui permet juste d’assurer son minimum vital dans une famille monoparentale?
De simples gestes basiques d’hygiène sont souvent abandonnés et elles souffrent d’un manque d’estime de soi, entraînant à terme découragement et perte d’existence sociale reconnue en s’exposant à un plus grand risque de mésestime qui limite leur capacité à se défendre efficacement dans leur vie personnelle et professionnelle ; c’est une souffrance psychique pouvant conduire à une véritable dégradation de la santé.

Se laver de manière correcte dans des locaux adaptés et pourquoi pas également avoir la possibilité de bénéficier de soins visant le bien-être du corps: des massages, des soins esthétiques, l’apprentissage du maquillage ou des soins corporels peuvent apporter une dimension nouvelle au fait d’être « bien ».
La précarité menstruelle est un enjeu collectif et une véritable question de dignité, de solidarité et de santé. Il est inacceptable qu’une femme doive choisir entre se nourrir et pouvoir se protéger et le Gouvernement agit concrètement contre la précarité étudiante en rendant progressivement accessibles à toutes les étudiantes, de manière gratuite, les protections dont elles ont besoin tout au long de l’année.

Plusieurs associations de terrain, pas assez nombreuses, mènent déjà un travail remarquable, en offrant au quotidien des soins à des femmes en situation économique et sociale difficile. Ces soins de beauté et de bien-être offrent un moment important d’inclusion sociale et d’interaction permettant d’entretenir une relation positive avec soi-même, de prendre du temps pour soi car il est très important de se réapproprier une image physique positive.

Dans certaines communes, des travailleurs sociaux et médico-sociaux organisent des ateliers d’information sur les dispositifs santé et précarité visant à permettre une meilleure façon de prendre soin de soi auprès des publics en difficultés, sans ressource ou avec un très faible reste à vivre, relevant des structures de l’urgence sociale (MVS, CADA, CHRS, CHU, cellule hôtel, accueils de jour…). Lors de la pandémie Covid-19, par exemple : mieux comprendre la maladie, ses modes de transmission et les gestes de protection.

Avoir un soin de beauté c’est accepter de se dévoiler devant au moins une personne et la socio-esthétique ainsi que la socio-coiffure sont des pratiques professionnelles de soins de beauté et de bien-être prodigués à des personnes en situation de fragilité, que celle-ci soit liée à la maladie, à la précarité ou à toute autre raison et qu’elle touche le corps ou l’esprit. C’est dans un espace clair, chaleureux et intimiste, en donnant des conseils bienveillants, que le/la professionnel tente d’amener la bénéficiaire peu à peu à se réconcilier avec son image puis avec les autres et créer des liens grâce à un vrai moment de détente de lâcher-prise, à sortir de sa précarité relationnelle et contribuer à redonner aux femmes les moyens d’affirmer leur place dans la société et d’agir.

Claudine RATZEL